L'Odysée des Gryffondors
Par Hadley le vendredi 25 septembre 2026, 18:10 - Gryff'Time n° 137 - Lien permanent

Il y a des voyages scolaires qui commencent par un paisible départ en Poudlard Express, quelques confiseries achetées à la dame au chariot et la perspective réjouissante de retrouver les Highlands. Et puis il y a celui-ci, où un mystérieux groupe de sorciers parlant grec ancien décide de transformer le train en zone de guerre avant d’envoyer nos pauvres participants voguer sur la Méditerranée.
Votre fidèle reporter — qui n’a évidemment pas été consultée avant d’être embarquée dans cette affaire — s’est donc penchée sur cette Odyssée qui promettait des monstres, des tempêtes, des îles mystérieuses et, surtout, une quantité absolument déraisonnable de problèmes digestifs parce que QUI VOYAGE EN BATEAU je vous le demande.
Tout semblait pourtant relativement normal. Legoshi avait fait ses adieux à sa mère sur le quai et s’apprêtait à profiter de son dernier trajet à bord du Poudlard Express. Carter, lui, attendait dans un compartiment en nourrissant probablement déjà quelques pensées hostiles envers Camille Dubois - qui pourtant, est une dame somme toute admirable.
Puis des individus étrangement vêtus sont apparus. Ils parlaient anglais. Un peu. Grec ancien aussi. Beaucoup. De leur conversation, nos malheureux voyageurs ne purent retenir que trois informations essentielles : une guerre, un cheval et une cité.
Ce qui, reconnaissons-le, constitue un résumé extrêmement mauvais de la situation mais reste probablement plus clair que les instructions de certains professeurs. Quelques secondes plus tard : noir complet. Et quand votre reporter rouvrirent les yeux, le Poudlard Express avait disparu.
À sa place : un bateau.
UN BATEAU !
Il existe des personnes qui prennent la mer avec sérénité. Elles regardent l’horizon, respirent l’air marin et contemplent les vagues avec poésie.
Carter Spall n’en fait manifestement pas partie. À peine réveillé, le descendant de vélane s’empresse de rendre son petit déjeuner dans un seau dont l’état général ne permettait visiblement pas de garantir la conservation dudit petit déjeuner.
Son deuxième réflexe est de s’éloigner de l’océan.
Son troisième est de s’accrocher à un inconnu. C’est ainsi que Jude El Feydhi devient, sans avoir signé le moindre contrat, l’ancre humaine officielle de Carter Spall.
« Mes excuses.. L'océan ne fait pas bon ménage avec moi. Mon nom est Carter Spall et toi ? »
Une présentation remarquable : vomir, paniquer, puis faire connaissance. On reconnaît immédiatement les grands diplomates.
Le duo finira néanmoins par atteindre une île où Carter découvre avec soulagement des elfes souriants. Ceux-ci proposent des fruits, une grotte et une hospitalité qui aurait dû immédiatement déclencher une alarme chez n’importe quel être humain normalement constitué.
Carter, lui, mange la fleur de lotus.
À pleines dents.
Parce qu’apparemment, après avoir survécu à une traversée maritime, le prochain objectif était de se faire volontairement neutralisé par une plante. Après avoir atterri sur le bateau sans explication, on se méfierait pourtant à moins…
« Un vrai délice.. » Carter Spall, quelques secondes avant de devenir officiellement indisponible pour cause de lotus sans doute.
Pendant ce temps néanmoins, notre honneur reste sauf. Legoshi, lui, avait bien remarqué que quelque chose n’allait pas. Arrivé sur l’île, il se voit proposer une fleur de lotus par un elfe particulièrement accueillant. Son ventre crie famine, mais le Japonais conserve suffisamment de méfiance pour s'interroger sur la composition de ce cadeau. Au Japon, le lotus symbolise notamment l’éveil spirituel et la reconnaissance. Mais ici, il y a des elfes. Et une grotte. Et de la nourriture. Autant dire que tous les voyants sont au rouge. Et pas celui de la maison. Legoshi accepte néanmoins de suivre les elfes pour la suite de l’aventure avec les autres élèves.
Mily se réveille elle aussi sur le bateau, entourée d’un équipage dont la composition laisse franchement à désirer. Des enfants paniqués. Des adultes pas forcément beaucoup plus rassurants. Un Proventus Tal Moundine particulièrement peu stable sur ses appuis. Bref : le genre de groupe avec lequel on s’attend davantage à construire un radeau de fortune qu’à rentrer sain et sauf à Poudlard.
Lorsque le bateau accoste, les elfes accueillent tout le monde avec de grands sourires et des fruits. Mily refuse. Comme quoi, les enfants sont davantages raisonnables. Elle observe pourtant attentivement l’île, intriguée par sa nature, son origine et tout ce qu’elle pourrait bien cacher. Puis vient la proposition d’une grotte. Elle accepte.
Parce qu’il semblerait que, dans cette expédition, la curiosité intellectuelle soit plus forte que l’instinct de survie.
Pendant que les plus grands tentent tant bien que mal de comprendre ce qui leur arrive, Meelo, lui, a une approche beaucoup plus simple de l’Odyssée : manger. N’ayant pas mangé de petit déjeuner, le jeune garçon est conduit dans une grotte où il se jette immédiatement sur la nourriture. La scène aurait pu rester relativement innocent (dans le contexte, évidemment), si un immense monstre à un seul œil n’avait pas décidé d’apparaître.
Meelo, après avoir observé le Cyclope, formule alors une analyse particulièrement pertinente :
« Monsieur, j'ai peur.. Il est moche sa mère, comme on dit.. »
Il s’accroche à Terry Mitchell, probablement persuadé que l’adulte dispose d’un plan parfaitement maîtrisé. Le plan en question semble cependant consister à laisser Meelo provoquer le Cyclope. L’enfant tire la langue à Polyphème.
Puis lui annonce fièrement avoir mangé sa nourriture. Puis lui révèle avoir volé une énorme pièce d’or. Et, ultime erreur diplomatique, tente de la manger. Il semblerait donc que l’éducation au cirque ait produit chez Meelo un rapport assez particulier aux créatures mythologiques et à la propriété privée.
Heureusement, tout le monde ne laisse pas Meelo se débrouiller seul : Jemima et miss Parlambre le réconfortent, et le garçon finit par s’attacher à la première personne qui lui offre un peu de douceur. Il s’accroche à la main de Jemima, découvre ce que signifie être rassuré par quelqu’un et continue son périple entouré de personnes qui prennent soin de lui.
C’est probablement l’un des rares moments où cette Odyssée ressemble vaguement à une sortie scolaire encadrée, avec des adultes responsables, des enfants relativement calmes et, surtout, l’absence momentanée de créatures désireuses de les dévorer. Les jours s’écoulent ainsi à bord du navire, dans une routine certes peu confortable, mais suffisamment paisible pour que Meelo commence à se familiariser avec ses compagnons de voyage. Entre deux discussions, le garçon découvre l’existence de Poudlard et se prend même à rêver de cette école qu’il ne connaît pas encore, mais qui semble lui promettre tout un tas de nouvelles aventures. Il apprend, il écoute, il s’attache aux plus grands et, pour un peu, on pourrait croire que l’expédition prend enfin une tournure acceptable.
C’était évidemment trop beau pour durer. Car tandis que le navire poursuit sa route, une tempête se lève et vient rappeler à tout le monde que les dieux grecs n’ont manifestement jamais entendu parler du droit à la déconnexion. Le vent souffle, les vagues s’agitent, le ciel s’assombrit et le tableau magique se met à distribuer ses instructions avec cette froideur administrative propre aux objets qui n’ont pas à subir les conséquences de leurs décisions.Les adultes tentent de faire appliquer les consignes, les élèves s’efforcent de ne pas mourir et Meelo, après avoir probablement estimé que la situation ne pouvait pas être pire, choisit de s’accrocher au mât de toutes ses forces.
Il aurait pu demander de l’aide. Il aurait pu attendre calmement que la tempête passe. Il aurait même pu faire confiance aux adultes présents à bord, ce qui aurait constitué une évolution remarquable de son parcours. Mais non. Meelo préfère hurler à pleins poumons, dans une démonstration de panique si convaincante qu’elle aurait probablement fait fuir jusqu’aux mouettes.
« JE VEUX RENTRER CHEZ MOI J'AI DIS. LAISSEZ MOI TRANQUILLE ! AAAAAAAAAAH !!! »
Et, très honnêtement, votre reporter ne saurait lui donner tort. Après avoir été kidnappée dans un train, transportée sur un bateau et confrontée à un Cyclope dont l’hygiène dentaire mériterait une intervention ministérielle, j’avais moi aussi commencé à envisager sérieusement la possibilité de rentrer chez moi. J’avais même préparé mentalement une lettre de réclamation à l’intention de Camille Dubois, bien que je ne fusse pas certaine qu’elle eût le moindre rapport avec les tempêtes grecques. Mais enfin, lorsqu’on est journaliste, il faut bien trouver un responsable à ses malheurs.
Lorsque le navire finit par atteindre une nouvelle île, Meelo peut enfin poser le pied sur la terre ferme. Et, pour la première fois depuis un certain temps, rien ne semble vouloir le faire vomir, le manger ou le transformer en quelque chose d’inquiétant. Le garçon aurait donc pu profiter de ce répit pour se reposer, retrouver ses esprits et se tenir à bonne distance de toute nourriture offerte par des inconnus. Mais voilà qu’il aperçoit Circée.
Et là, mes chers lecteurs, nous sommes face à un problème de taille.
Car Circée n’est pas seulement une femme magnifique aux yeux de Meelo : elle est également une personne qui lui promet de prendre soin de lui et de le nourrir. Or, si l’on suit attentivement les événements précédents, on constate que Meelo entretient avec la nourriture une relation si fusionnelle qu’il serait probablement capable de suivre un dragon jusque dans son antre si celui-ci lui garantissait un goûter. Il ne faut donc pas s’étonner de voir le jeune garçon abandonner toute prudence pour se laisser attirer par cette nouvelle hôtesse, dont les intentions auraient pourtant dû sembler suspectes à quiconque possédait encore un minimum d’instinct de survie.
Meelo mange.
Et, comme on pouvait malheureusement s’y attendre, les ennuis commencent.
La transformation ne se fait ni dans la discrétion ni dans l’élégance. Son corps se déforme, sa peau semble soudainement trop étroite, ses oreilles deviennent beaucoup trop grandes pour sa tête et ses membres prennent une forme qui n’a absolument rien à voir avec celle d’un enfant humain. En quelques instants, Meelo se retrouve sur le dos, prisonnier de son propre corps, incapable de comprendre pourquoi le monde vient de lui faire subir une telle humiliation. Ses vêtements sont devenus trop larges, ses pattes s’agitent dans tous les sens et son visage, autrefois expressif, se retrouve affublé d’une trompe qui n’a certainement jamais figuré dans ses projets d’avenir.
Le garçon est devenu un éléphant.
Un éléphant paniqué, désorienté et particulièrement bruyant, qui entreprend aussitôt de détruire plusieurs meubles dans l’espoir, peut-être, de retrouver une forme humaine par la seule force de sa contrariété.
« BRRRRRRRRRRRRRRRRRROOOOOOOAAAA »
Je tiens à souligner ici la remarquable constance de Meelo : même transformé en éléphant, il demeure parfaitement fidèle à lui-même. Il ne comprend rien à la situation, il a peur, il fait beaucoup de bruit et il semble considérer que la meilleure manière de résoudre un problème consiste à s’agiter jusqu’à ce que quelqu’un intervienne. Une philosophie de vie qui, à défaut d’être efficace, possède au moins le mérite d’être cohérente.
Mily découvre, elle aussi, les joies de l’hospitalité grecque En effet, pendant que Meelo fait connaissance avec sa nouvelle anatomie, Mily poursuit son propre périple et arrive à son tour sur une île dont la beauté aurait probablement mérité un peu plus d’attention si les circonstances n’avaient pas été aussi catastrophiques. La nature y est luxuriante, les couleurs éclatantes et les animaux si nombreux qu’on pourrait presque croire que les dieux ont décidé de compenser l’absence de sécurité par une décoration particulièrement soignée. Le paysage est magnifique, certes, mais votre reporter se méfie désormais énormément des endroits qui paraissent trop accueillants.
Mily, elle, semble surtout préoccupée par une chose : la nourriture.
Après plusieurs jours passés à bord du navire, entre la fatigue, la faim et les caprices de la mer, la jeune Gryffondor n’a plus vraiment besoin d’une invitation officielle pour se diriger vers un festin. Il lui suffit de suivre l’odeur des plats qui s’échappent d’une grande table dressée par Circée. Et si les plus jeunes se précipitent déjà vers la source de cette délicieuse promesse, Mily ne tarde pas à les suivre, avec cette discrétion qui lui est propre et qui lui permet généralement d’observer les catastrophes avant d’y être directement impliquée.
Cette fois, toutefois, elle n’aura pas cette chance.
À peine installée à table, Mily commence à ressentir une sensation étrange. Quelque chose, dans sa magie, lui souffle que la situation n’est pas normale. Son instinct lui murmure que ce repas n’est probablement pas aussi innocent qu’il en a l’air, mais il semblerait que les avertissements magiques aient, dans cette expédition, une efficacité comparable à celle d’un panneau « Attention, sol glissant » placé au milieu d’un lac. On peut les voir, les comprendre et même les trouver pertinents : cela n’empêche personne de tomber.
Puis son corps commence à changer.
D’abord, ce sont ses os qui se réorganisent, comme si une main invisible s’était mise à déplacer chaque pièce de son squelette sans prendre la peine de consulter le mode d’emploi. Ses traits se déforment, sa respiration se bloque et ses bras se replient contre elle. Des plumes sombres apparaissent sur sa peau, gagnent progressivement son corps et recouvrent bientôt ses membres d’un plumage noir. La transformation se poursuit dans une douleur qui n’a rien d’une agréable expérience de métamorphose scolaire, tandis que ses vêtements deviennent trop grands et que son corps se fait plus léger, plus petit, jusqu’à ce que deux ailes viennent finalement se déployer dans son dos.
Et voilà.
Mily n’est plus Mily.
Mily est devenue une corneille.
Une corneille noire, discrète, observatrice et intelligente, dont le nouveau physique présente au moins l’avantage de lui permettre de surveiller ses camarades depuis les hauteurs. On pourrait presque y voir une évolution professionnelle : après tout, combien de journalistes rêvent de pouvoir espionner leurs sujets depuis une branche, sans être repérés et sans avoir à payer le moindre billet de transport ? Il reste simplement à espérer que Mily n’a pas prévu de rédiger son prochain article en grattant des messages dans la terre avec ses griffes.
Le plus étonnant, dans cette transformation, demeure toutefois la réaction de la principale intéressée. Alors qu’une personne normalement constituée aurait probablement hurlé, pleuré, tenté de négocier avec Circée ou exigé un remboursement du repas, Mily se contente de devenir un oiseau. Une attitude d’un calme presque inquiétant, qui laisse votre reporter profondément admirative et légèrement préoccupée. Il faut reconnaître que, dans une expédition où chacun semble perdre progressivement sa dignité, Mily est probablement la seule à réussir à conserver une certaine élégance, même avec un bec.
Le dernier plongeon de Meelo, ou l’art de ne jamais tirer les leçons du passé
Après toutes ces péripéties, le navire finit par représenter une menace à lui seul. Il ne s’agit plus simplement d’un moyen de transport inconfortable, mais d’un véritable personnage hostile, capable de provoquer des tempêtes, de faire chavirer les esprits et de transformer le moindre déplacement en épreuve psychologique. La mer se déchaîne, le ciel s’assombrit et les vagues viennent rappeler à nos pauvres voyageurs que Poséidon n’a probablement jamais eu à remplir un formulaire d’autorisation de sortie scolaire.
Meelo, lui, n’a plus qu’une idée en tête : rentrer chez lui.
Et cette fois, on ne peut réellement pas lui en vouloir. Après avoir été séparé de son quotidien, avoir rencontré un Cyclope, avoir subi une transformation en éléphant et avoir découvert que les adultes chargés de le protéger n’étaient pas toujours capables de maintenir un semblant de calme, il semble assez logique qu’il souhaite retrouver le cirque où il a grandi. Le garçon rêve de ses repères, de son ancienne vie et, surtout, d’un endroit où les repas ne risquent pas de modifier son espèce.
Pourtant, au milieu du chaos, une voix attire son attention.
Une voix familière.
Une voix qui semble venir de loin, qui réveille quelque chose d’enfoui dans sa mémoire et qui fait naître en lui un sentiment qu’il n’avait plus ressenti depuis longtemps : celui d’être reconnu, attendu et aimé. Cette voix paraît lui promettre une présence rassurante, un visage connu, peut-être même le retour d’une personne qu’il croyait perdue.
Et Meelo, qui aurait pourtant toutes les raisons du monde de se méfier de ce qui l’entoure, décide de la suivre.
Je tiens à préciser que votre reporter, à ce stade, aurait personnellement préféré attendre l’arrivée d’un adulte, vérifier la provenance de la voix, consulter un spécialiste des phénomènes marins et, si possible, demander l’avis de trois personnes n’ayant jamais été transformées en animal. Mais Meelo n’a manifestement pas accès à mes conseils, ce qui est fort dommage pour lui et probablement bénéfique pour le scénario.
Alors, dans un dernier élan, le garçon se tourne vers cette présence mystérieuse et murmure :
« Maman.. c'est toi ? »
Et il plonge. Parce qu’après le Cyclope, Circée, l’éléphant, le bateau, la tempête et le reste, pourquoi s’arrêter maintenant ?
À peine Meelo eut-il plongé qu’il sembla se retrouver dans un autre monde. Il n’avait entendu cette chanson que quelques secondes, mais cela avait suffi : jamais, de toute sa jeune existence, il n’avait ressenti une telle connexion avec quelqu’un. Cette voix avait quelque chose de familier, quelque chose qui semblait lui parler directement au cœur et lui donner l’impression, pour la première fois depuis qu’il avait été abandonné, qu’une personne l’attendait quelque part. Peu importait le froid de l’eau, la profondeur ou même le fait que cette voix provenait manifestement de la mer, ce qui aurait dû constituer un indice assez conséquent quant au caractère potentiellement catastrophique de la situation. Meelo voulait la rejoindre, et rien au monde ne semblait plus important que cela.
C’est donc avec une certaine cruauté que des bouchons lui furent bientôt imposés dans les oreilles.
Votre reporter, qui n’était pas présente à ce moment précis mais qui connaît suffisamment bien le dossier pour imaginer la scène, aurait probablement eu beaucoup de mal à ne pas intervenir. Traîné d’un côté puis de l’autre comme une petite marionnette particulièrement mécontente, Meelo se débattait de toutes ses forces, tentait de hurler et allait même jusqu’à essayer de mordre Jade, tout cela dans le seul but de retrouver cette voix qu’il était désormais convaincu d’avoir identifiée. Pour lui, il n’y avait plus le moindre doute : sa mère était là, quelque part dans les profondeurs, et si elle chantait depuis la mer, c’était forcément parce qu’elle était une sirène venue le chercher.
On comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi les bouchons d’oreilles ne furent pas accueillis avec enthousiasme.
Lorsqu’on lui proposa finalement un choix, Meelo ne demanda ni à rentrer à Poudlard, ni à retrouver ses compagnons, ni même à récupérer son goûter. Il écrivit simplement qu’il voulait voir les sirènes. Et si quelqu’un pensait que des liens pouvaient l’empêcher d’accomplir cette nouvelle mission, il suffisait d’observer le petit garçon s’acharner dessus avec ses dents pour comprendre qu’il avait manifestement sous-estimé la détermination d’un enfant affamé ayant décidé qu’il allait rencontrer sa mère.
Je commence à me demander si, dans cette Odyssée, le véritable danger ne serait pas finalement Meelo lui-même.
Malheureusement, les aventures du petit garçon n’allaient pas s’arrêter là. Il n’eut même pas le temps de protester qu’une créature surgit et le souleva de terre avec une facilité profondément vexante. Meelo se débattit, agita les bras, tenta probablement tout ce qu’un enfant raisonnablement paniqué pouvait tenter dans une telle situation, avant de retomber lourdement au sol. Lorsqu’il releva les yeux, le monstre s’éloignait déjà avec son précieux chapeau coincé entre les dents.
Et là, chers lecteurs, je dois reconnaître que même après avoir traversé des mers enchantées, rencontré des Cyclopes, des sorcières, des sirènes et probablement suffisamment de créatures mythologiques pour remplir plusieurs manuels scolaires, je n’étais pas préparée à la réaction de Meelo face à cette tragédie nationale.
Son chapeau.
Son magnifique chapeau.
Le futur Gryffondor leva le poing vers le ciel et se mit à hurler sur Scylla avec toute la rage d’un homme ayant vu disparaître son bien le plus précieux - ce qui est sans doute le cas pour un garçon qui a été élevé dans un cirque, m’enfin… Je tiens à souligner ici que, dans toute cette histoire, Meelo aura connu des pertes autrement plus importantes que celle d’un accessoire vestimentaire. Pourtant, à cet instant précis, il semblerait que la mort de ses compagnons soit presque reléguée au second plan par l’absence de son couvre-chef.
Les événements suivants ne semblent guère améliorer son humeur. Meelo cesse progressivement de parler à qui que ce soit et préfère rester dans son coin, visiblement épuisé par les épreuves qui s’accumulent autour de lui. Il a mal, il a faim, il en a assez de voir ses compagnons se disputer et, surtout, il commence à se demander si devenir sorcier valait réellement le coup. Après tout, dans son ancien monde, il avait certes grandi dans un cirque, mais au moins les monstres n’essayaient pas de le manger et les repas ne risquaient pas de le transformer en éléphant.
Je dois reconnaître qu’à ce stade, votre reporter partage quelque peu ses interrogations.
Lorsque les éclairs commencent à illuminer le ciel, annonçant qu’un des bœufs a été mangé et que la situation risque une nouvelle fois de dégénérer, Meelo craque complètement. Il n’a lui-même rien mangé depuis trop longtemps, mais il refuse pourtant de mettre l’ensemble du groupe en danger pour satisfaire sa faim. Il hurle donc à ses compagnons de faire démarrer le bateau et de partir sans ceux qui viennent de provoquer la colère des dieux.
Une réaction que je qualifierais volontiers de raisonnable si nous n’étions pas précisément au milieu d’une Odyssée où chaque décision raisonnable semble être suivie d’une catastrophe dans les trois minutes.
Et puis, contre toute attente, Meelo trouve enfin ce qui ressemble au Paradis.
De la nourriture.
Du confort.
Une île paisible.
Et une femme qui, surtout, est absolument, catégoriquement et indiscutablement sa mère.
Calypso l’accueille, prend soin de lui et, miracle qui aurait probablement dû être considéré comme plus important que tous les événements précédents, lui rend même son super chapeau. Elle lui explique que celui-ci était arrivé sur l’île quelques jours avant l’équipage, ce qui suffit à convaincre Meelo que le destin est décidément bien fait. Le garçon retrouve immédiatement son enthousiasme, des étoiles plein les yeux, et s’accroche au jupon de Calypso en la suivant partout, incapable de retenir les dizaines de questions qui lui viennent à l’esprit.
Pour la première fois depuis le début de cette interminable expédition, il n’a plus peur.
Il n’a plus faim.
Il a retrouvé son chapeau.
Et il a surtout retrouvé quelqu’un qu’il pense être sa mère.
Alors, naturellement, lorsque vient la question de repartir, Meelo ne veut plus entendre parler de Poudlard, de bateau ou de voyage. Il veut rester ici, dans ce petit morceau de paradis où quelqu’un semble enfin vouloir de lui.
« Tu veux bien être ma maman ? On pourrait aller à Poudlard ensemble ! Viens avec nous, Calypso ! »
Et là, je vais être parfaitement honnête avec vous, chers lecteurs : je jette ma plume.
J’abandonne.
J’ai commencé cette mission en pensant réaliser un reportage sérieux sur une grande aventure inspirée de l’Odyssée. Je pensais revenir avec des informations croustillantes, quelques anecdotes amusantes et, dans le meilleur des cas, une photographie convenable d’un participant affrontant un monstre mythologique.
À la place, j’ai assisté à un enlèvement collectif, à des naufrages, à des transformations animales, à un enfant devenu éléphant, à une corneille métamorphosée contre son gré, à des sirènes, à un Cyclope, à Scylla mangeant des participants et, surtout, à une bataille émotionnelle autour d’un chapeau.
Je n’ai plus de notes.
Je n’ai plus de patience.
Je n’ai plus de plume.
Et, très franchement, je n’ai plus aucune idée de qui est censé rentrer à Poudlard à la fin de cette histoire.
Je vais donc laisser nos valeureux aventuriers se débrouiller avec Poséidon, Circée, Calypso, les sirènes, les monstres et leurs innombrables problèmes familiaux. Pour ma part, je retourne au bureau de la rédaction, je ferme la porte à double tour et je vais demander à mon rédacteur en chef de ne plus jamais prononcer les mots « animation », « reportage » et « aventure mythologique » dans la même phrase.
Si quelqu’un me cherche, je serai sous mon bureau.
Avec mon chapeau.
Et je ne le prête à personne.


Commentaires
J’ai beaucoup aimé cet article qui relate fidèlement l’odyssée de Meelo! Ou encore en quelques mots : chapeau, nourriture, maman. Comprendras celui qui aura lu cet article ou participé à l’animation.
Merci pour ce bel hommage à l’animation, beaucoup ri !
Un super article qui nous plonge directement dans cette épopée. Que fait la direction à envoyer des enfants dans un tel endroit ?? N'empêche que j'ai toujours rêvé de voir Meelo transformé en éléphant. Quoique entre lui et Mily qui devient un oiseau, il va bientôt falloir ouvrir un élevage.