Magic Music: Note de recherche #1

Vous trouvez ce papier de recherche sur un bureau quelconque de la Salle Commune. Il semble parler… des liens entre musique et magie ? Un avertissement trône en son début : « Ce texte n’engage que son autrice. Je suis responsable de ce que j’écris, pas de ce que vous lisez. ». Qu’est-ce que ? Voilà un avertissement bien familier… Mais, téméraire et courageux, vous vous lancez dans cette lecture.

 

L'étude des liens entre musique et magie n'est pas une idée sans intérêt. Au sein de la société occidentale moldue, dès le début du vingtième siècle, des chercheurs s'y penchaient, et pour cause : ils cherchaient à comprendre pourquoi le son, chanté ou scandé, occupait une place si centrale dans des pratiques magiques que les moldus connaissaient mal, et que même les sorciers ne s'expliquaient pas vraiment. Pour ces chercheurs moldus, ce qu'on étudiait alors n'était autre que ce qu'ils appelaient la magie « satanique », ou celle des « sociétés primitives », pour reprendre les mots du chercheur Mauss. Dès lors, quelles conclusions, quels enseignements sur le fonctionnement de la magie (la nôtre !) cette étude apporte-t-elle ?

 

Le texte de référence sur le sujet, dans le monde moldu, se nomme l'Esquisse d'une théorie générale de la magie, écrit au début du siècle par Henri Hubert et Marcel Mauss, des noms aux initiales bien plaisantes (H&M au final). Leur idée principale est que le rite magique est avant tout une affaire de forme exacte. Il ne serait donc pas uniquement question d'intention, mais de geste et de mots précis, avec une intonation particulière. En étudiant les incantations à travers les cultures, Mauss et Hubert observent que la magie « impose des mètres et des mélopées », et que « les formules magiques doivent être susurrées ou chantées sur un ton, sur un rythme spécial ». Ici, n'importe quel élève de Poudlard devrait agréer : combien de fois avons-nous dû répéter nos sorts, sans arrêt, sous le regard dur de Fray et Spinnet ? Combien de « Hacu-va-DOH » jetés avec lassitude en Métamorphose ? Combien, encore, de Wingardium Leviosa, maladroitement transformé en bombe à retardement pour un « a » trop long, ou trop court ?

Cette idée résonne avec la façon dont on enseigne, ou plutôt dont on n'enseigne pas vraiment, la dimension musicale des sortilèges à Poudlard. On nous apprend une prononciation exacte, une syllabe accentuée, mais jamais on ne nous présente cela comme de la musique. Pourtant, entre un sortilège lancé d'une voix plate et le même lancé avec l'intonation montante qu'on nous recommande en cours, il y a largement plus qu'une histoire de diction. A propos de certains textes anciens, Mauss et Hubert relèvent même que « l'intonation peut avoir plus d'importance que le mot », et que, dans le même rituel, le geste du magicien « le rythme comme une danse ».

 

Un autre apport de cette théorie concerne la voix elle-même. Mauss et Hubert notent qu'au sein des rites oraux, « sans acte physique formel, par sa voix, son souffle, ou même par son désir, un magicien crée, annihile, dirige, chasse, fait toutes choses ». Ils développent donc l'idée d'une magie qui passe par la voix chantée ou scandée plutôt que par un objet extérieur, et qui agit directement à travers le corps, sans intermédiaire.

En lisant ceci, l’on peut penser au chant du phénix. C’est un exemple intéressant d’une magie qui passe entièrement par le son, par sa musicalité. Il apaise et agit sur l’état intérieur de celui qui l’entend, et ce, alors même qu’aucune parole (ou du moins, de ce que l’on en sait) n’est scandé. A l’opposé de cette magie bénéfique, le chant des sirènes illustre l’envers, avec des nuances. Les sirènes utilisent la même mécanique sonore pour produire l’effet inverse du chant des phénix : attirer, désorienter. Toutefois, une remarque pourrait être apportée ici : est-ce que le chant des sirènes compte comme un simple ‘son’, quand l’on sait qu’il existe un langage des êtres de l’eau ? Est-ce ce langage qui agit sur les victimes affectées, ou est-ce le son, vu que ces dernières ne le comprennent pas ? (Dans tous les cas, attachons-nous aux poteaux de nos bateaux et souffrons !)

 

Reste alors une objection de taille : si tout cela est vrai, comment expliquer les sorts informulés ? Il n’y a ni voix, ni son.

Une théorie pourrait être que le sortilège informulé ne supprime pas la dimension sonore, il l'intériorise. Le sorcier suffisamment avancé n'a plus besoin de prononcer la formule à voix haute, mais il continue très probablement à l'entendre mentalement, avec sa cadence et son intonation exactes. La magie du souffle ne disparaîtrait donc pas avec le silence, elle se déplacerait simplement de la gorge à l'esprit. Ce qui expliquerait, au passage, pourquoi la magie informulée reste si difficile à maîtriser : elle exige de recréer intérieurement, sans le support du corps, exactement la même précision rythmique que l'incantation parlée.

Ce premier tour d'horizon permet de poser une hypothèse simple : la musique ne serait pas un simple décor autour des pratiques magiques, mais l'un de ses outils les plus anciens et les plus structurants de la magie, au même niveau que le geste rituel. L’efficacité semble passer par la forme sonore autant, sinon plus, que par le sens.

 

 

Hubert, H. et Mauss, M. (2019). Esquisse d'une théorie générale de la magie : L’origine des pouvoirs magiques dans les sociétés australiennes. Presses Universitaires de France. https://doi.org/10.3917/puf.mauss.2019.02.

 

 

 

 

Commentaires

1. Le samedi 27 juin 2026, 15:43 par Aimyli

J'adore l'analyse surtout sur la partie des sortilèges informulés ! Après heureusement que tout ce qu'on raconte n'est pas chantant, on ne s'en sortirait plus (a)

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet