Ma Pensine (Par Nox)
Par Jemima le samedi 20 janvier 2024, 18:05 - Gryff'Time n°124 - Lien permanent

"Amour Unique"
Pensine, chère Pensine, prends doucement ce souvenir qui m'est si doux et cache-le en ton sein de pierre !
A jamais, garde mon secret, pur comme au premier jour, pour toujours intact.
Berce-le tendrement, pour que je ne puisse plus oublier, même quand l'âge et les peines rendront ce souvenir flou.
Conserve-le aussi neuf qu'au premier jour, que je puisse m'y replonger avec délice, chaque fois que la vie me giflera et m'attirera vers l'arche au voile comme elle l'a déjà fait !
Pensine, chère Pensine, ma mémoire de lui s'estompe dans les années passées et j'ai peur de le perdre dans mes souvenirs qui se croisent.
Il avait 18 ans, moi à peine 14, il parlait espagnol, moi pas, il parlait d'amour avec ses yeux, sa bouche, avec tout son corps, moi pas. Il pensait la mer et savait les vagues qui venaient mourir à nos pieds, il sentait le sable imbibé d'écume chaude, l'été , les vacances, et la citronnelle.
Je suis revenue presque chaque année, il était là, nous nous donnions la main pour courir sur la plage, et je l'apprenais peu à peu sur le bout de la tendresse, et je le récitais du bout du cœur, toute l'année, lui adressant de longues missives d'amour d'été, surveillant avec impatience le courrier et le sablier, rêvant à nos promenades, à nos danses, à nos guitares au coin du feu du bout du monde, à nos chastes baisers dans mon Espagne enfin guérie du souvenir de ses blessures.
Pendant 3 ans, le rêve a continué. Il coulait dans mes veines comme une évidence. La quatrième année, quand je suis arrivée dans ma petite gare du bonheur, il avait 22 ans, moi à peine 18, il parlait l'espagnol, moi aussi. Il parlait d’amour avec tout son corps, et je lui répondis. Il n'aurait pas fallu, je n'aurais pas dû. J'avais perdu nos caresses enfantines, nos gestes spontanés. Ce que je venais de lui offrir, il l'avait reçu cent fois d'autres que moi, des plus belles, des plus âgées, des plus habituées aux plaisirs des sens ! J'avais brisé l'innocence et son amour n'y a pas survécu. Je l'ai perdu en voulant trop donner.
Pensine chère Pensine, j'ai erré des années, il y en a eu bien d'autres, je me suis même mariée. Pensine chère Pensine, ouvre moi tes bras de pierre, des hommes j'en ai connu, mais des comme lui, plus jamais.
Nox De Leon

Commentaires
Merci pour la belle bannière, merci d'ailleurs aussi pour toutes celles que j'ai vues depuis que j'ai ouvert le journal et que je n'ai pas pensé à commenter mais qui sont très classes.
Merci Nox pour la poésie de ce partage.
J'aime beaucoup la bannière.
C'est vraiment un article très agréable à lire Nox, plein de poésie et d'émotions. Le rythme et le découpage de ton récit ajoute de la force aux sensations, aux pensées et à la force de ce souvenir. Merci Nox :) Et c'est une très belle bannière Fiona ! :)
Félicitations Nox, j'ai beaucoup aimé ton article. Et bravo Fiona pour la bannière, c'est toujours un plaisir de découvrir votre travail !