La bûche de Noël
Par Mirabelle_Boutondore le mercredi 8 décembre 2021, 12:00 - Gryff'Time n°100 - Lien permanent

Si on faisait un micro-trottoir en demandant aux passants quelle est la première idée qui leur vient à l'esprit quand on parle de bûche de Noël, je parie à cent contre un que la réponse serait "c'est un gâteau". Si on insiste un peu pour en avoir une description, on obtiendra une quasi-unanimité quant à sa forme. Et pourtant, la symbolique de la bûche remonte à plus de 2000 ans, une tradition bien antérieure aux gâteaux qui ont adopté sa forme.
Avant d'être la fête chrétienne que l'on connait, Noël était une fête païenne connue sous le nom de Yule qui célébrait le solstice d'hiver, les croyances et les rites étant alors en lien avec le soleil et les cycles de la nature. Selon son étymologie, le mot solstice signifie "le soleil s'arrête", on est arrivé au bout d'un cycle, le soleil n'a pas cessé de décliner, c'est la nuit la plus longue de l'année et l'astre semble s'immobiliser. Un autre cycle va lui succéder, le soleil renaît et les jours se rallongent. Le solstice d'hiver n'était pas considéré comme le début de la période hivernale telle que nous l'entendons aujourd'hui, mais comme la victoire de la lumière sur l'obscurité.
Dans les pays européens, les peuples germaniques, scandinaves et celtes allumaient des feux qui devaient durer très longtemps, d'où l'intérêt d'utiliser une grosse bûche. Elle devait brûler dans l'âtre du foyer pendant plusieurs jours, symboliquement elle était destinée à encourager le soleil à briller à nouveau. Elle servait d'offrande aux Dieux et protégeait toute la famille jusqu'à l'année suivante. On utilisait une souche de chêne dont le bois apporte force et sagesse et se consume lentement ou bien celle d'un arbre fruitier, symbole d'abondance. Plus les étincelles étaient hautes, mieux serait l'année à venir avec de bonnes récoltes, sans sécheresse ou inondations.
En hiver, on calfeutre la maison à cause du froid mais il y a un espace qui reste ouvert sur le ciel et l'au-delà, c'est la cheminée. La bûche qui procure de la chaleur et qui éclaire possédait aussi une dimension sacrée, elle constituait un lien symbolique qui reliait les ancêtres à leur descendance.
La grande fête du Soleil Invaincu avait lieu quant à elle le 25 décembre, c'était le Dies Natalis Solis, autrement dit le "jour de la naissance du soleil", le concept de Nativité était en référence avec le Soleil et la lumière. Cette fête a été christianisée en l'an 354 ; désormais la Nativité c'est celle de Jésus. Le pouvoir de l'Église romaine s'est amplifié, les célébrations païennes dérangeaient mais il était impossible d'éradiquer certaines d'entre elles tant les populations étaient attachées à leurs croyances et à leurs traditions ancestrales. L'Église se les réappropria, superposant au culte païen un culte chrétien, elle reprit à son compte les symboles et les rituels, les bûches furent aspergées d'eau bénite, peu à peu on oublia le culte du Soleil mais la tradition de la bûche a perduré.
Dans notre Salle Commune, nous avons une cheminée. Nous pouvons nous y réchauffer et regarder le feu danser mais ailleurs, lorsque les grandes cheminées ont cédé la place à d'autres systèmes de chauffage comme les poêles en fonte, les grosses bûches ont été remplacées par des rondins de bois et puis il y a eu l'exode rural et la fin des traditions paysannes. Et voilà, maintenant les Moldus mettent la bûche dans leurs assiettes.
Qui est l'inventeur de ce gâteau roulé en forme de tronc d'arbre ? On ne le sait pas, en revanche la première recette qui fut écrite se trouve dans "The English Huswife", un livre de cuisine, c'est celle de Gervase Markham et elle date de 1615.


Commentaires
Merci pour cet article, Mirabelle ! En plus d'être remarquablement bien écrit, il nous transmet des connaissances intéressantes !
Le feu est l'objet de bien des méditations, comme Gaston Bachelard a su l'analyser et cette histoire de la bûche que tu nous proposes est un précieux complément.
Très belle bannière Séléné !
Je plussoie ce que Yoann a écrit, à tout point de vue. Mirabelle, ton article est remarquablement rédigé (comme toujours ^_^) mais je tiens à le souligner à nouveau. Il se lit comme un roman, comme une histoire. Le sujet que tu évoques me passionne, avec toute la symbolique qui y est associée. Ainsi que les traditions et toute l'évolution : d'une bûche en bois à un gâteau ! C'est vraiment très complet. En tant que passionnée par l'Histoire, cet article m'a captivée. Ici aussi, la bannière est superbe. Bravo à toutes les deux. ♡♡