Moi je suis toujours celui qui va sous la table.


Moi je suis toujours celui qui va sous la table. Eh oui, évidemment, puisque je suis un pied.

Je suis petit, ou grand, large ou menu, je suis parfois pâle et parfois halé, je suis poilu ou glabre, imberbe pour ceux qui préfèrent ce mot, je suis étrange ou tout à fait normal. Moi je suis toujours celui qui va sous la table. Je peux être caché, dissimulé si on ne veut pas de moi, je peux être utilisé, pour taper, pour faire du sport ou même pour marcher. Je suis pourtant peu connu, sans doute car on ne me remarque pas, alors que je suis bien là. Je suis essentiel, quasi-indispensable ou à peine utile, je suis attaché, mais on peut tout de même me casser. On dit de moi que je pue (des pieds), on peut manger mon pied (de porc), on peut couper l'herbe juste au-dessous de moi, on peut faire de moi et des mains, on peut me sentir, me renifler ou même me lécher (miam). Si l'on est vicieux, on peut même m'affilier au nez, mais c'est rare.

Je voudrais pouvoir voler, pouvoir rire ou même parler, je voudrais pouvoir mettre du déodorant pour sentir bon et draguer les petits doigts (de pied), je voudrais pouvoir philosopher des heures sur l'odeur des pieds. Enfin bref, je voudrais.

Mais je suis déçu. Je suis déçu de n'être qu'un pied, d'être tout le temps sous et pas sur la table comme tout le monde. Je voudrais tellement être normal, ne pas être ainsi, jugé alors que personne ne me connaît. La main me dit souvent qu'on ne peut pas juger sans connaître, je suis bien d'accord. Et même si elle est perfide, et cruelle (et puis elle m'ignore, la vicieuse), j'ai bien envie de la croire.

Alors je suis allé voir des Gryffondor pour leur demander leur avis. Ils aiment bien les pieds, eux.

Molly Moseley : « Et bien, ça serait bien que parfois on puisse vous apprécier à votre juste valeur. On passe notre temps à vous donner des coups de pieds alors que vous nous soutenez. Sachant qu'à présent j'aurai toujours une pensée pour vous avant de manger. » 
=> Je suis entièrement d'accord avec vous, ma chère Molly. Merci de cette reconnaissance, j'en suis flatté.

Joy Blackson : « Maintenant que j'y réfléchis, c'est vrai que je trouve que c'est dommage pour le pied d'être toujours sous la table. Il est caché et c'est nul :o » 
=> Merci de ton avis brave Lionne. Je suis entièrement d'accord, et je rejoins tes propos.

Bastien Von Hiller : « Ce n'est pas nécessairement une injustice, je dirai mais plutôt de la discrimination. Du racisme pur et simple. Ce n'est donc pas normal ! Ses cousines, les mains, ont bien le droit de se poser là ou bon leur semblent, elles ont toujours le meilleur rôle et le pied, lui, n'a que le privilège de participer à la marche de son propriétaire et EN PLUS, il ne voit rien, camouflé par sa femme, la chaussure et sa maîtresse, la chaussette. Oui, le pied n'est pas apprécié à sa juste valeur et souvent malmené, certains se sont déjà rebellés... Pensez-vous toujours que c'est à cause d'une peau de banane que vous vous êtes cassés la jambe ? […] Beh ouais, la chaussure a bien du remarquer à un moment qu'une chaussette bloquait l'acte sexuel =° D’où les chutes et les fractures mais bon après il aurait été beaucoup plus question de la place de la chaussette et de la chaussure (Oh ! CHAU ! C'est chaud entre la CHAUssette et la CHAUssure) dans le monde » 
=> Je ne peux qu'apprécier ce choix de camp, cher Bastien. Et votre audace à avoir compris notre action, à nous, pieds, ne peut que me faire grandement plaisir ! Un grand merci, mon ami. J'applaudis votre parole et votre façon de pensée qui me rappelle mes brèves années de jeunesse.

Article d'Emy Denver
Illustration.